Wednesday, December 08, 2004

Cité U

Tu étais au bout d'un très long couloir. Je ne t'avais pas vue de prime abord. Je suis entré dans un amphi désert où quelques vieux papiers palpitaient dans un courant d'air et c'est lorsque je suis ressorti que je t'ai aperçue. Tu as esquissé un geste pour m'inviter à approcher. J'ai fait quelques pas dans ta direction et malgré la pénombre, j'ai distingué l'incroyable beauté de tes traits. Tu avais sans doute l'âge de la plupart des étudiantes qui se pressaient en ces lieux aux heures normales de cours, dans la journée. Tu avais probablement l'âge de ma fille ou à peine plus. Tes yeux et tes cheveux noirs tranchaient sur la pâleur de ton visage. Tu n'as rien dit, mais lorsque tu as commencé à monter l'escalier qui était derrière toi, j'ai su que je devais te suivre. Je t'ai suivie sur des dizaines d'étages. Nous montions, puis nous redescendions puis nous remontions encore après avoir traversé de longs corridors sombres. A plusieurs reprises, j'ai cru t'avoir perdue. Et puis soudain ton ombre ressurgissait et je reprenais espoir.
Nous avons sans doute cheminé ainsi plusieurs heures et, curieusement, je n'éprouvais ni impatience ni lassitude. Nous avons fini par déboucher dans un couloir plus étroit où des dizaines de portes se découpaient de chaque côté. Tu as ouvert l'une de ces portes et tu m'as fait signe d'entrer. C'était une petite chambre classique de cité universitaire avec un lit étroit, un lit aux montants métalliques. Tu t'es déshabillé et tu t'es allongée. Je t'ai caressée et la douceur de ta peau m'a ému jusqu'aux larmes. Il y avait tant et tant d'années que je n'avais plus touché de corps comme le tien, un corps à peine sorti de l'adolescence. Tes seins menus...
Je me suis réveillé peu après. J'ai eu la sensation d'avoir été brutalement viré du paradis. J'avais les yeux mouillés et je me suis mis à pleurer à chaudes larmes. Jamais auparavant je n'avais eu autant l'impression d'être devenu vieux.

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